2014


© René Derome

© René Derome

La peinture de Suzanne Olivier est une poésie virtuelle qu’il m’est impossible d’exprimer avec justesse; les mots ne sont tout simplement pas suffisants.

Ni figuratifs, ni abstraits, les tableaux d’Olivier échauffent notre imagination, nous entraînent dans un voyage vers des scènes où les paysages se meuvent et se métamorphosent au fil des toiles. Tout dans cet univers pictural est unique et singulier.

L’art a le pouvoir merveilleux de déclencher différentes réactions émotionnelles chez le spectateur. Une part du talent d’Olivier réside en ce pouvoir qu’ont ses œuvres de nous mettre dans un état d’esprit particulier au premier regard, comme si notre subconscient comprenait ce qui se joue devant nous avant tout le reste de notre être.

Au second coup d’œil débute l’analyse du dessin et des couleurs; on se délecte de la variété des teintes, de la richesse des textures et de la beauté des motifs. Puis le « déclic » se produit : cet ensemble qui ne ressemblait à rien de familier se transforme énigmatiquement devant nos yeux. Est-ce un ciel ou une mer, un lac ou une montagne et toutes les réponses sont bonnes….Mystérieusement, tout prend forme; tout prend vie. Et on se retrouve immobile, transcendé par la magnificence de ce tableau « vivant » qui représente une nature imaginaire à l’état pur.

Anick Lacroix, coordonnatrice, Salle culturelle Alfred-Langevin


2013


La mémoire des choses, 2013

La mémoire des choses, 2013

Je regarde « La mémoire des choses » et j’y vois un imaginaire près de la nature, nature en abondance. L’horizon lointain est superbe et presque joyeux. J’y vois aussi des zones plus difficiles et une variété d’émotions. La vie bouge et stagne à la fois.  Enfin, tu sembles chercher une vérité à partir des mêmes éléments de base. Chaque toile que j’ai regardée apporte une variante de couleurs, une évolution à partir de toi, de ton évolution. C’est comme si tu ne voulais pas tricher. Tu travailles et apportes une atmosphère différente à « ton monde ».

La lumière! Le blanc. Une huître ouverte, la nacre, la perle cachée. Et le rose, la délicatesse.

Je devrais faire silence et me contenter de regarder la beauté, c’est déjà tout un voyage.

Suzanne Bélair Denis, 2013


2012


expo-2012-Eleonord-London-Library

Exposition à la Eleonor London Library 
Côtes Saint-Luc, Montréal, juin 2012

Plusieurs des tableaux exposés ici ont été peints pendant cette période tragique des puissants mouvements terrestres, qu’a été le tsunami japonais à l’hiver de 2010.

J’ai parfois l’impression que je peins la fin des temps, la fin de l’humanité.


expo-2012-BADM

Les paysages du dedans de Suzanne Olivier
par François-Marc Gagnon

L’espace

Les tableaux de Suzanne Olivier donnent souvent l’impression d’un paysage inversé, où la terre aurait pris la place du ciel. Nous résistons à cette lecture si contraire à notre approche habituelle. Les titres nous rassurent un instant. Il s’agit de la mer, de la haute montagne, de la terre . . . Alors ce bleu transparent qui paraît dans le bas du tableau, est-ce la mer, et non le ciel clair du matin? Ou l’eau fraîche d’un lac reflétant un ciel couvert, comme pris au piège dans cet environnement rocheux? Ces formes aigües qui pointent vers le haut n’indiquent-elles la direction du ciel? Mais ce sont là des lectures faciles, plutôt des idées toutes faites que nous imposons sur l’image au lieu de la regarder. Ce qui nous est donné à voir c’est un paysage comme nous n’en avons jamais vu, où les masses grumeleuses qui occupent habituellement le bas du tableau se retrouvent en haut, comme en surplomb. Nous sommes loin de la convention du paysage. À dire vrai, c’est tout l’espace qui chavire. Ce qui pouvait passer pour un lointain horizon dans le fond du tableau passe tout d’un coup au premier plan! Toujours cette forte impression de mise en échec de l’espace perspectiviste. Le paysage est fait de strates superposées et non de plans successifs, plus près de sa géologie que du spectacle. Ces choix multiples et étonnants sont finalement très respectueux de la planéité de la surface picturale. Le cube scénique de la Renaissance est oublié.

La matière

Est-on bien sûr de l’impénétrabilité de la matière dans les tableaux de Suzanne Olivier? Les montagnes se transforment en nuages. Ce qui était solide devient fluide. La transparence surgit là où on l’attend le moins. Le flanc de montagne dévale les pentes comme une brume ou une neige rose. Les premiers plans sont flous, pour déjouer une lecture trop « réaliste ». J’avais raison : la perspective est mise en question. Pourtant l’espace se creuse en profondeur mauve où il le faut. Ce qui s’accumule au-dessus de nous sont nuages changés en pierre. Ce qui est frappant dans ces tableaux c’est la constante métamorphose du solide en vaporeux, du nuage en montagne, de la roche en bijou précieux.

Le mouvement

L’art imite la nature, dit-on, mais on oublie d’ajouter : dans son opération. Les montagnes à l’horizon, émergeant des brumes, gardent leur éclat de rubis des profondeurs. Au premier plan, des rochers s’animent dans plusieurs directions, contradictoires, s’avançant vers ou s’éloignant de nous, à leur gré.

La couleur

Quel luxe de couleurs : orange et pourpre, jaune et mauve. Nous voilà sur une terre où les rochers seraient des gemmes roses, bleu pâle, magenta, céladon . . . Le vocabulaire nous manque pour décrire ces couleurs merveilleuses d’un autre monde vraiment. Ainsi, dans Le temps d’une rupture, un tableau de 2010, sous un ciel en feu, à la Edwin Church, un fleuve d’or coule vers la droite, entraînant avec lui des rochers en fusion, tout juste sortis des entrailles de la terre. Où sommes-nous ? On nous a donné, « le temps d’une rupture », un aperçu d’un monde plus beau que le nôtre… mais sans nostalgie d’un passé que nous aurions pollué. Ce monde que Suzanne Olivier nous révèle, c’est le paysage du dedans.

François-Marc Gagnon, écrivain et historien d’art, février 2012


2010


Hommage

Je voudrais rendre hommage à Marc Boisvert sculpteur qui fut mon compagnon pendant mes années d’études à l’École des Beaux-Arts de Montréal de 1961 à 1965. De très nombreuses années plus tard je retrouve dans quelques œuvres de cette époque son influence incontestable, dans l’emploi du fer soudé en sculpture et des bandes colorées en peinture. J’avais oublié depuis si longtemps… Nous avons fait notre chemin en art chacun de notre côté. Le sien s’est malheureusement terminé en 1985.
Je continue.

expo-2010-hommage

Une rétrospective de l’oeuvre de Marc fut organisée par sa fille Valérie avec la collaboration du musée des Beaux-arts de Sherbrooke en mars 2010.


2009


Conversation 

LUI  : En fouillant dans mes messages, le hasard des clics me ramène ce message de toi, qui n’avait pas retenu mon attention, ce dans quoi je vois un signe. Je vais y porter un second regard, après une  seconde lecture, une disponibilité seconde. J’y vois ce soudain besoin de renouvellement, de dépaysement, de recommencements à partir de bases renouvelées, et alors le bonheur s’appelle le contrôle  même au quotidien de cette faculté de renouvellement, ou de la capacité à s’abandonner et lâcher prise en attendant qu’il revienne, ce à quoi l’expérience prépare de plus en plus, donnant une sérénité de roc, de confiance qui permet d’accepter les moments aveugles qui recèlent leurs lendemains.

MOI  : Mais oui tout est revenu en place et en force et démultiplié même. Je n’ai jamais travaillé avec autant d’aisance et de connaissance de la justesse de ce que je fais. Et en continuant sur cette lancée, si j’en ai le bonheur jusqu’à la fin, j’aurai fait une peinture qui se démarquera. J’en parle comme quelque chose qui est hors de moi, qui est comme véhiculé par moi, sans aucune gêne ni aucun sentiment d’orgueil. C’est un simple hasard si la persévérance dont j’ai été capable, les capacités que j’ai pu développer me soient arrivées. Et j’en retire énormément de bonheur et me sentirai toujours privilégiée.

LUI  : Ces moments d’aveuglement ont une  fonction de motivation au sprint suivant…

MOI : C’est vrai que les périodes d’incapacités sont extrêmement ardues et qu’on veut hurler son mal à l’humanité entière et que toujours, à chaque fois on n’y voit jamais la fin des tourments. Oui, l’accepter comme un tremplin qui me propulse plus loin que je n’ai jamais été les fois précédentes. Et les images affluent et la finesse se précise et s’harmonise sous la main plus vite que la pensée. Et le second regard exulte.

LUI  : Rudolf Steiner dit que l’homme est là pour spiritualiser la matière, et moi j’ajoute toujours que tout va dans les deux sens, on est donc là aussi pour matérialiser l’esprit, et à toi il faut des pinceaux… Je dirais que le sens de la vie est de s’ouvrir de plus en plus à ce qu’on est, d’où l’on vient où on se retrouve, où l’on est et où on se dirige, bref, d’intuitionner la mesure de cet incroyable kaléidoscope de dimensions infinies qui nous enveloppe, et dont nous sommes. Peu importe l’illusion qui nous fait croire qu’à chaque fois, le maelstrom momentané, c’est la fin du monde. Savoir qu’on ne sait plus mais qu’à nouveau on saura, c’est encore savoir. Nous sommes plus que nous-même, et la vie consiste entre autre à le découvrir !

Janvier 2009


2007


expo-2007

Exposition Galerie sur Greene Westmount novembre 2007

Quelqu’un qui jette un oeil distrait sur ces tableaux peut facilement passer à coté de ce qu’ils offrent à voir.  Le foisonnement des couleurs, leur enchaînement rythmé, leurs façons de tracer le dessin des formes et d’évoquer l’espace exige un arrêt, un temps de contemplation. Pour rencontrer une œuvre je m’abandonne, je vais vers elle vêtu de mon seul regard. La distance intellectuelle que prend le critique d’art ne rend que rarement justice à l’oeuvre elle-même.  On ne parvient à la voir que très loin derrière le magma des théories.  Pour parvenir à réellement voir un tableau il faut quitter ce que l’on sait pour tendre vers ce que l’on ne sait pas, c’est-à-dire vers l’inconnu que représente l’oeuvre devant nous  La singularité de cette oeuvre passera toujours au second plan derrière les « ismes » qui encombrent le cerveau des critiques.

J’ai fait une visite à la galerie sur Greene peu de temps après le jour du vernissage. J’ai été ébloui par la beauté des œuvres. Autant de bouquets miraculeux accrochés aux cimaises. J’ai goûté avec un plaisir immense la sensualité de la matière. La lumière des paysages envoûte, ensorcelle, des contrées de rêve. Peut-être trouvera t’on étonnant ce que je vais dire là mais j’ai trouvé ces tableaux profondément érotiques. Je voyais des cellules de couleurs s’interpénétrant les unes les autres jusqu’à donner naissance à une forme qui elle-même en pénètre une autre, l’incessant mouvement de la vie, sa force exponentielle et sa poésie jubilatoire. Ce fut un heureux moment que cette visite.

Sylvain Charron


1984


Terre ardente, 1982

Terre ardente, 1982

« Voici Suzanne Olivier : au-delà de toute saison, hors de tout lieu reconnaissables et même de toute «  manière » facilement catalogable.

A l’inverse des Impressionnistes, qui travaillaient sur le motif, ou même des Nabis auxquels sa touche et certaines nuances précieuses peuvent l’apparenter, Suzanne Olivier part d’un schéma abstrait, imaginaire. Ce schéma mûrit lentement et vit à sa manière. Se crée alors un espace, généralement à trois dimensions, où dans une lumière ambiante, des formes éclatées, des signes, des gestes, des éléments graphiques divers, entraînés par un mouvement cosmique, organisent, pour la joie de nos yeux, ce qu’on peut appeler un paysage.

Paysage en dehors de toute référence spatio-temporelle, imaginaire si l’on veut et pourtant rappel d’une vision que nous aurions connue dans quelques paradis antérieur, que pour notre plus grand malheur, nous aurions perdu un jour. »

Le paysage dans la peinture au Québec
Guy Boulizon, Historien d’art et professeur à l’université de Montréal, 1984

[haut]

Suzanne Olivier artiste peintre